Lettre Ouverte d’une Etudiante en Colère (2 Poids 2 mesures !!)



Quand la sélection se fait par l’argent ! ….. Manque de place manque de Moyen !  

Je termine actuellement ma licence en droit. Formidable me direz-vous ? Pas tant que ça. Après avoir échappé de peu au système « Parcoursup » lancé par Macron en 2018, qui consiste à sélectionner les étudiants sortant du baccalauréat à la faculté, l’éducation nationale ne s’est pas arrêtée là, et a décidé de mettre en place la réforme Licence-Master-Doctorat, entériné par la loi du 23 septembre 2016.

Faites des études, nous disent nos parents. Ayez des diplômes, et mettez-les à profit nous disent les politiciens. Faudrait-il pouvoir en avoir des diplômes. En effet, la réforme LMD consiste à instaurer une sélection à la sortie de la licence pour pouvoir intégrer un Master. Jusque-là, tout va bien. Mais plusieurs problèmes font surface.  Premièrement, les capacités d’accueils sont terriblement minces. En effet, pour les petites villes, elle se limite pour certains masters aux alentours de 25-30 places. Assez peu, me direz-vous. Si on prend en compte tous les étudiants que ce soit français ou étrangers terminant leurs licences de droit, évidemment que 25-30 places, c’est peu.

On se doute bien évidemment, qu’avec une capacité d’accueil aussi mince, les universités vont privilégier les dossiers solides, avec des notes atteignant plus de 15. C’est compréhensible pour elles, étant donné qu’avoir des étudiants faisant parti de l’élite, cela ne peut qu’être un bon point pour leurs pourcentages de réussites. Mais, que faisons-nous des étudiants d’un « niveau moyen », comme moi, qui ne dépassent pas 11 de moyenne ? Après avoir été confrontée deux fois à l’épreuve des rattrapages, afin d’éviter le redoublement, je n’ai jamais lâché pour obtenir ma licence en droit. Après 3 ans d’études intensifiées, de travail acharné pour obtenir des notes plus que moyennes, le combat ne s’arrête pas ici. Les candidatures pour les masters sont arrivées, et j’ai très vite compris que j’ai de très fortes chances de me retrouver sans master. Afin d’optimiser mes chances, j’ai postulé à une trentaine de masters.

J’ai passé 1 mois à constituer des dossiers : relevés de notes (du bac à la licence 3), attestation de stage, contrats de travails, lettre de motivation… pour chaque fac, pour chaque master. On nous dit pour nous rassurer, que certaines universités ne prennent pas forcément en compte uniquement les notes, mais aussi la motivation, les contrats étudiants, les stages… Je n’y crois pas un seul instant.

J’attends qu’on me prouve qu’une université qui est face à un étudiant avec 15 de moyenne, avec des notes plus que satisfaisantes, sans stages, sans emplois saisonniers, et une étudiante avec 10.5 de moyenne, avec stage, avec emplois saisonniers depuis ses 16 ans, et avec un contrat étudiant prenne celle-ci, et pas le premier.

Pour revenir à la sélection, évidemment que cela diminue le taux d’échec en Master, il n’est pas possible de nier ce fait. Mais, selon moi, elle creuse toutes les inégalités possibles entre étudiants. Il est certain qu’un étudiant ayant comme parent un magistrat ou un avocat aura plus de chances de trouver des stages plus facilement par des contacts, ou d’obtenir de superbes notes avec l’aide de son parent faisant parti du domaine de droit. Et donc, pour finalité, aura plus de chances d’intégrer un Master.

Alors, la solution que nous a trouvé le gouvernement face à cette sélection plus que sévère est « un droit à la poursuite d’études ». Formidable. Il consiste à trouver pour les étudiants qui ont été refusés dans tous les masters auxquels ils ont postulé de les placer par le rectorat dans un master « ou il reste de la place ». Nous sommes un peu la dernière roue du carrosse qu’il faut placer, mais pourquoi pas. Vous avez beaucoup de chances de vous retrouver dans un master qui ne vous plait pas, mais on ne va pas se plaindre, nous avons l’honneur d’avoir un droit à la poursuite d’études. C’est faux. En 2018, sur 3000 demandes formulées par des étudiants sans master au rectorat, seulement 700 ont été placés dans des masters. Ou sont passés les 2 300 autres étudiants ? Un droit à la poursuite d’études, c’est bien, mais faudrait-il qu’il soit accessible pour tous. Je ne serai pas étonnée que beaucoup d’étudiants aient abandonné leurs études après s’être fait recalés une fois par les masters, et une deuxième fois par le rectorat.

Je sais pertinemment que je suis sur la sellette, car ce n’est pas mon 10.5 de moyenne qui va me sauver de cette réforme. Celle-ci a même réussi à me faire douter de moi, de mes capacités, et à me faire penser à arrêter les études et me contenter d’une licence. Mais, je n’ai pas commencé de longues études pour abandonner au bout de 3 ans. Ce n’est pas une réforme qui va me faire arrêter.

Le mérite selon moi, ne se justifie pas par les notes, mais par la persévérance. Et la réforme LMD met de côté tous les étudiants « moyens », mais bourrés de persévérance.

Une étudiante en colère

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